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05 août 2026

Les aventures d'un imposteur canadien

Harvard University, Houghton Library, MS Can 54, https://nrs.lib.harvard.edu/urn-3:fhcl.hough:34192575
Première page de la relation de Sagean (détail), v. 1700
© Harvard University
Houghton Library, MS Can 54

Il s'est écoulé encore presqu'un an depuis mon dernier billet, et encore plus... depuis mon dernier texte. Je reprends, en quelque sorte, là où je vous avais laissés il y a environ deux ans et demi. Après m'être attaqué aux infortunes d'Alonso Ramirez, je me suis risqué à faire la même chose avec la relation de Mathieu Sagean, autre menteur devant l'éternel. C'est par hasard que je me suis lancé dans l'étude détaillée des aventures que cet ancien coureur de bois canadien prétendait avoir vécues au sein de diverses compagnies de flibustiers, aux Amériques, en Afrique et en Asie. Je connais la relation de ces aventures depuis très longtemps, et je savais qu'elle ne doit pas être considéré comme un document fiable, historiquement parlant. Or, en début d'année, alors que je travaillais sur le flibustier Robert Glover, l'idée m'est venue d'écrire un petit texte à propos des mensonges et vérités contenus dans la relation de Sagean, pensant bien naïvement que ça ne serait pas très long, et que j'aurais vite fait de passer à autre chose... Environ huit mois plus tard, j'avoue m'être bien trompé!

Contrairement à la relation de Ramirez, celle de Sagean — nous en avons la preuve — fut le produit d'une enquêtée diligentée par ordre d'un ministre de Louis XIV, et elle n'était nullement destinée à être publiée, du moins le fût-elle beaucoup plus tard, et partiellement, lorsque les renseignements qu'elle contenait n'avaient plus aucune incidence politique. Cependant, ma tâche s'est avérée beaucoup plus complexe qu'avec le texte de Ramírez, ou pour mieux dire, avec le texte de Carlos de Sigüenza y Góngora, qui en est le véritable auteur. Il m'avait été plus facile de prendre en défaut Ramírez dans ses élucubrations, et surtout d'y apporter des explications convaincantes, sinon rationnelles à la lumière des sources d'archives. Avec Sagean, ce fut tellement difficile que je ne suis arrivé à aucune conclusion, hormis celle que cet homme était un menteur patenté. Excluons d'emblée le récit de découverte d'un Eldorado en Amérique du Nord, car dès le XVIIIe siècle, cette découverte fut considéré comme un amas de mensonges. Pour le reste de son récit, seule une partie de ses aventures — la dernière — est véridique, ce que je démontre d'ailleurs formellement. Quant à ses autres aventures, principalement avec des flibustiers, leur récit est totalement ruiné par une série d'incohérences factuelles majeures. À cause de cela, j'ai cherché à restituer le contexte réel des événements qu'il affirme avoir vécus, et de là, à esquisser certaines hypothèses qui pourront être utiles à ceux qui étudieront ce singulier personnage. Le résultat final est, toutefois, beaucoup moins probant que dans le cas de Ramírez. C'est pourquoi j'ai qualifié le texte qui en a résulté de « notes de recherches ». Vous pouvez les lire ici :

Pour ceux qui s'intéressent aux pirates de l'océan Indien, vous y trouverez certaines choses fort intéressantes.

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