mes textes disponibles via Blogger

13 septembre 2025

Ainsi passe le temps...

Chat couché sur un divan, par Steinlen, 1920
Dessin de T. A. Steinlen, 1920 © Musée du Louvre, RF 31830, Recto

Cela fait plus d'un an et demi que je n'ai rien publié d'intéressant ici ou ailleurs. Mes excuses, donc, pour les rares personnes qui peuvent encore suivre ce blogue. Mes excuses également pour ceux à qui j'ai pu promettre des choses, que je n'ai pu livrer. Aujourd'hui encore je n'ai rien à vous offrir... peut-être pas avant plusieurs semaines, quelques mois... Qui sait? Comme certains le savent, je fais ces fonctions d'historien, ou plutôt de chercheur indépendant dans mes temps libres, car je dois travailler par ailleurs (dans un domaine qui n'a aucun rapport avec l'histoire) pour gagner ma vie, n'ayant jamais été, comme la plupart d'entre nous, indépendant de fortune.

Je n'ai pourtant pas arrêté de « chercher » les flibustiers et leur histoire durant tout ce temps, et il y a encore bien des choses à dire, ou à écrire. Il le fallait, parce que durant les douze derniers mois, ces recherches ont été le rempart derrière lequel je me suis caché pour éviter de sombrer dans le désespoir. Pour faire court, du moins ici, j'ai eu le privilège d'avoir été le gardien d'un petit animal à quatre pattes pendant plus de quinze ans, dont l'état s'est graduellement dégradé durant la dernière année, et qui nous a quitté il y a quelques jours. Ce n'était qu'un chat, mais je n'ai pu m'empêcher d'écrire quelques mots bien personnels à son propos. Ceux qui ont eu, ou on crut avoir (car ceci est une affaire de perception), une relation particulière avec un animal comprendrons, sans doute, ma démarche. Quant aux autres, ils feront comme moi il y a longtemps : cela les laissera froid ou ils jugeront cela un peu ridicule. Peu importe votre réaction, mon geste demeure essentiellement égoïste... pour une fois. Sur ce, à bientôt!

05 février 2025

À la mémoire de John de Bry

Archéologie de la piraterie

Le temps passe, et aussi les gens. Chaque personne qui quitte ce monde, que l'on connaît parfois juste de nom ou de réputation, nous rappelle combien la vie est courte et combien le temps file inexorablement. On se dit comme ça, « Tiens, un tel qui est mort! », et cette pensée, un peu égoïste, s'insinue aussitôt à l'esprit : « Ma foi, je deviens vieux! », et puis on passe à autre chose. En voilà un qui vient tout juste de partir, et pour lequel je ferai pourtant une exception en mentionnant ici son décès, et vous comprendez aisément pourquoi.

Je ne connaissais pas personnellement l'historien et paléographe américain John de Bry, mais c'est un chercheur dont j'ai croisé le nom à plusieurs reprises au cours du dernier quart de siècle. Par son travail, il a contribué certainement à dépoussiérer un peu l'histoire des flibustiers, ou si l'on veut des pirates. Pour lui rendre hommage, je laisse ici la parole à ceux qui l'ont véritablement côtoyé, ses amis et collègues de l'association Archéologie de la Piraterie. C'est un bel hommage alors pourquoi s'en priver. Voici donc ce que Jean Soulat et son association partageait sur leur page Facebook, ce mercredi 5 février :

« Chers amis,

« Nous venons d'apprendre avec une grande tristesse le décès de notre collègue et ami John de Bry qui avait fondé avec Jean Soulat le programme de recherche devenu Association, Archéologie de la Piraterie. Nous présentons nos sincères condoléances à sa famille.

« Détenteur d'un doctorat à l'EPHE, John de Bry était un grand historien, paléographe et archéologue franco-américain, spécialiste des épaves, qui a pu mettre ses compétences aux services des plus belles découvertes archéologiques sous-marines notamment l'épave de La Belle qui a fait naufrage en 1686 ou l'épave du Whydah Galley coulé en 1717.

« Tout au long de sa vie, il a toujours multiplié les collaborations avec de nombreux chercheurs en matière d'expertise d'objets venant des épaves des 17e-18e siècles notamment sur l'île de Sainte-Marie dans les années 2000. C'est clairement grâce à John de Bry que nous menons nos recherches sur l'île aujourd'hui.

« Il avait fait la connaissance de Jean Soulat en 2018 pour la préparation de l'ouvrage Archéologie de la Piraterie, aux éditions Mergoil, fin 2019. Cette collaboration a permis de créer notre programme de recherche. Fruit de ce travail, un premier article en anglais a été publié en 2019 dans le Journal of Caribbean Archaeology du prestigieux Florida Museum. Suivront plusieurs articles dont le dernier, paru en mars 2024, dans la revue Afriques, avec la présentation de nos recherches menées en mai 2022 à Sainte-Marie où nous avions fait venir John de Bry sur place, son dernier voyage sur l'île.

« Il est d'ailleurs présent dans le documentaire La véritable histoire des pirates, de Gedeon Programmes, qui met en lumière les investigations de 2022. Encore une fois, c'est grâce à John que nous devons ce film puisqu'il avait toutes les connexions françaises et malgaches, une pensée pour Jean-Aimé Rakotoarisoa, à Stéphane Millière et Michel L’Hour qui l'ont bien connu.

« Il laissera un grand vide dans la thématique de recherche qu'est l'archéologie de la piraterie. Et nous garderons en souvenir les bons moments passés ensemble.

« John, tu vas nous manquer. Merci pour tout.

« Bon vent au gré des flots Matelot. »

28 janvier 2025

Notes de « visionnement » : Les femmes pirates

gravure de Benjamin Cole (1724)

L’épopée des femmes pirates : les filles du vent
Documentaire historique
France, 2024
90 minutes
Réalisation : Laurence Thiriat et Frédéric Malègue
Scénario : Éric Menu et Laurence Thiriat
Production : Goyaves, Amour Fou Luxembourg et Film Fund Luxembourg pour NDR, en collaboration avec l'ORF, France TV et Arte.
Première diffusion (en streaming) : Arte, 13 janvier 2025.
https://www.goyaves.com/les-femmes-pirates/


Un an déjà presque sans un seul petit billet de blogue! Ce n'est pas faute de matière, car j'ai plusieurs textes en chantier, mais bien faute de temps pour les compléter. Il faut dire aussi que le monde d'après la grippe chinoise me pèse, moralement, et depuis la dernière année, financièrement, sans compter les petits soucis qui s'accumulant les uns sur les autres finissent aussi par peser, mais c'est la vie. Il y a des hauts et des bas. Et puis quand on se compare avec pire que soi, on finit par se dire : je suis privilégié tout compte fait. N'est-ce pas?

N'empêche, s'il n'y avait pas eu toutes ces DEI et autres stupidités du genre telle l'écriture inclusive, digne du calendrier révolutionnaire, avec un écoeurant parfum d'ère soviétique. Que dire encore de la sempiternelle crise climatique qu'on nous agite tel un nouvel Apocalypse, et qui sert de prétexte aux investissements les plus fous et les plus inconséquents, et à des taxes nouvelles et inédites. Il y a eu aussi, et non des moindres, ces milliards dépensés durant la fameuse pandémie, et cette immigration volontairement exagérée (du moins ici) qui ont contribué beaucoup à l'inflation. Ce qui fait que ceux qui comme moi appartiennent à la classe dite moyenne s'appauvrissent de jour en jour, et que dire de ceux qui sont plus pauvres... Nos politiciens auraient avantage à faire appel à leur sens commun, et moins à l'intelligence artificielle.

C'est triste à dire, mais la seconde élection de Trump comme président des États-Unis est peut-être ce qu'il fallait pour secouer nos sociétés qui se sont engoncés dans un carcan quasi-religieux depuis le début du second millénaire. Espérons toutefois que le remède ne soit pas pire que le mal... mais aux grands maux, les grands remèdes, paraît-il...

Donc, je suis d'humeur méchante... De quoi voulais-je vous parler? Ah oui! Ce documentaire que j'ai visionné sur les femmes pirates. Je ne serai pas très gentil là non plus. Avant de commencer, je dois d'abord faire ce qu'il est convenu d'appeler dans le jargon « une déclaration d'intérêts ». Il y a presque deux ans, j'ai été approché par l'un des scénaristes du documentaire pour y participer à titre d'expert, sur recommandation de quelqu'un pour qui j'ai beaucoup de respect. J'ai cependant refusé pour plusieurs raisons qui me sont personnelles, mais que je peux résumer ainsi : la caméra et le micro ne sont pas ma tasse de thé. Bref, je suis meilleur à l'écrit. Je ne voulais donc pas faire dépenser inutilement temps et argent à ces gens-là pour une entrevue qui risquait d'être ratée. À chacun ses petits caprices. Une autre raison qui a motivé, accessoirement, mon refus, était le sujet du documentaire. Il me mettait mal à l'aise. Par mes recherches, je sais que pour toute la période que j'ai étudiée, il n'y a aucune femme pirate ou « flibustière » dans les Antilles, hormis deux des vedettes du documentaire, Mary Read et Anne Bonny, membres de l'équipage d'un petit pirate (John Rackham) qui serait demeuré insignifiant sans la curiosité que suscita la présence de ces deux femmes à ses côtés. Ce qui m'étonna encore plus, et me confirma dans mon malaise, c'est qu'outre ces deux piratesses avérées, le documentaire devait également aborder — et ce fut d'ailleurs le cas — la carrière « flibustière » de Marie Dieulveult, seconde épouse de Laurent de Graffe, l'un des plus fameux marins de la mer des Antilles de la seconde partie du XVIIe siècle.

Quelques mots ici concernant De Graffe. D'origine hollandaise, il s'était d'abord établi à Tenerife, aux Canaries, où il était marié. En 1676, lors de la prise du navire espagnol à bord duquel il servait comme maître-canonnier, il avait été fait prisonnier par des flibustiers de Saint-Domingue. Ses qualités étaient telles que, tout prisonnier qu'il fût alors, le sieur de Grammont, l'un des deux capitaines qui l'avaient capturé, lui avait donné le commandement du fort défendant l'entrée du lac de Maracaïbo lors de la campagne de six mois que les flibustiers français y firent en 1678. Au retour de cette expédition, le même Grammont l'avait promu capitaine d'un petit bâtiment. Devenu chef flibustier, De Graffe s'était signalé par la prise (1682) d'un navire de guerre espagnole portant 120 000 écus destinés aux garnisons et fortifications de Santo Domingo et de San Juan de Puerto Rico. Il devint ensuite l'un des plus importants capitaines corsaires des Antilles, participant entre autres aux prises de Veracruz (1683) et de Campêche (1685). Nommé major pour le roi (1686) à Saint-Domingue, il fut promu lieutenant de roi (1691) dans la même colonie. Après que son épouse canarienne eut fait annuler leur union, De Graffe s'était remarié, en 1693, avec Marie Dieuleveult, veuve possédant des terres au Cap et au Quartier-Morin (côte nord de Saint-Domingue), héritées de ses deux précédents époux.

Voici ce que j'écrivais au sujet de cette seconde madame de Graffe à la personne de chez Goyaves (la société productrice du futur documentaire) avec qui j'ai échangé quelques courriels concernant ma possible participation au projet. C'était en avril 2023 :

« ...cette histoire voulant que Laurent de Graffe ait amené son épouse en course avec lui ne repose que sur du vent. Au mieux, la dame a-t-elle pu voyager à bord d'un navire commandé par son mari, ou appartenant à celui-ci (quelque part entre la date de leur mariage en 1693 et sa capture par les Espagnols en 1695) pour passer d'un quartier de Saint-Domingue à l'autre, ce qui est, par ailleurs, invérifiable.

« Pour savoir d'où provenait cette fable, j'ai vérifié autant dans les manuscrits du Jésuite Jean-Baptiste Le Pers (réputé pour ses nombreuses erreurs) que dans l'Histoire de Saint-Domingue, de son confrère Charlevoix, mais je n'y ai absolument rien trouvé. Nul besoin de vous dire qu'il n'y a rien à ce sujet dans les archives non plus.

« En fait, la référence la plus ancienne à cette fable se trouve dans Léon Treich, Les Gentilshommes de la flibuste (1944) :

...elle suivit Laurent De Graff dans tous ses embarquements... demeurant sur le pont des bateaux au milieu des plus rudes canonnades. Les flibustiers la considéraient comme une sorte de mascotte... et il lui était toujours attribué une part de butin.

« C'est ainsi que Francis Lacassin cite Treich dans sa préface à une édition moderne et tronquée du livre d'Exquemelin (Éditions J'ai Lu, 1984). Voilà, c'est encore un exemple, parmi bien d'autres, malheureusement, démontrant qu'il ne faut pas se fier à ce qui a été écrit sur les flibustiers avant la fin du siècle dernier. J'avoue m'y être laissé prendre il y a plusieurs années, et je comprends maintenant pourquoi mon défunt collègue Jacques Gasser, dans son dictionnaire des flibustiers, ne mentionnait pas que De Graffe amenait son épouse avec lui en course. Bref, tout ça est à mettre au panthéon des arnaques aux côtés du capitaine Borgnefesse, de T'Sterstevens et Alaux. »

Que Marie Dieuleveult ait eu un fort caractère et beaucoup de tempérament, je le concède volontiers, mais de là à en faire une « flibustière », il y a un monde, qu'on a ici franchi allègrement au mépris non seulement de toute véracité historique, mais de toute vraisemblance!

Il est un peu dommage, par ailleurs, que le documentaire ait brossé un portrait si stéréotypé de Laurent de Graffe, personnalité beaucoup plus complexe que ce qui en est dit, qui songea plusieurs fois à quitter les Français au cours de sa carrière, soit pour joindre les Anglais, ou pour retourner servir les Espagnols, ayant eu des offres à cet effet de ces deux nations. Ce fut d'ailleurs le cas au moment où sa femme fut capturée au Cap en 1695. Enfin, il n'était pas le sujet du documentaire (bien qu'il en mérite un à lui tout seul), mais seulement l'un de ses « accessoires masculins ».

Beaucoup plus intéressant aurait été de révéler le rôle que certaines femmes jouèrent en arrière-plan dans l'univers masculin de la flibuste et de la piraterie. Par exemple, le cas de Marthe Baudry, l'épouse de Jean-Baptiste Ducasse, ancien négrier et corsaire, gouverneur de Saint-Domingue (1691-1700) contemporain et supérieur du sieur de Graffe. Depuis Dieppe, elle fut la procuratrice de son mari en France, et de bien d'autres, et on peut la qualifier de véritable « femme d'affaires » de son temp, à l'exemple de sa mère Marthe Chauvel, elle-même fille et veuve d'armateurs, et elles ne sont pas les seules. À ce titre, le véritable rôle de Marie Dieuleveult auprès du lieutenant de roi De Graffe est d'avoir fait de lui, grâce aux terres acquises aux décès de ses deux précédents maris, un riche et prospère planteur à Saint-Domingue, ce que le Hollandais n'avait jamais été jusques là. Évidemment, c'est beaucoup moins glamour que d'être une piratesse ou une amazone.

La trame des quatre histoires présentées dans L’épopée des femmes pirates — les trois autres étant celles de Mary Read et Anne Bonny, ainsi que de Louise Antonini, qui servit à bord de navires de guerre français sous la République et l'Empire — provient du livre de Marie-Ève Sténuit, Femmes pirates: Les Écumeuses des mers (Paris, Éditions du Trésor, 2015), p. 49-88 (Read et Bonny), 93-106 (Antonini) et 163-171 (Dieuleveult). D'ailleurs, Mme Sténuit, qui est historienne de l'art et archéologue (!), est le principal expert interviewé durant le documentaire. Elle prête bien des intentions à ses héroïnes, et ses propos, ainsi que celle de la narratrice, sont fortement teintés de féminisme, et je n'ai pu m'empêcher de faire un parallèle avec les pires moments des Secrets d'histoire, où l'on voit de l'homosexualité là où il n'y en a pas. Ce n'est plus de l'histoire, mais une sorte de discours politique qui s'alimente à tout ce qui peut le conforter, quitte à perpétuer des faussetés et dire des inepties. Que de talents et d'argent gaspillé. Heureusement, en ce qui concerne ce documentaire, les interventions des historiens Philippe Hrodej, toujours aussi pertinent, et Kevin Porcher, dont j'ai apprécié les textes, et maintenant les commentaires, et de Mme Dominique Rogers, que j'ai découverte à cette occasion, — chapeau bas, madame et messieurs — sauvent un peu la mise, mais à mon avis, pas du naufrage.

Enfin, avis aux producteurs de documentaires traitant de l'histoire maritime, SVP arrêtez de nous montrer des navires à voiles naviguant tout droit sur une mer calme sans aucunes voiles déployées. C'est invraisemblable. On voit bien qu'ils sont propulsés par un moteur! Pitié aussi, moins de reconstitution historique. Si vous voulez faire un film de fiction, faites-en un, mais cessez de mêler les genres, et puis revoir des séquences de combat, qui se ressemblent toutes, aux 10 à 15 minutes, c'est lassant et agaçant, un peu comme la bande-annonce d'un film que l'on visionnerait en boucle.

Cher lecteur, je vous avais prévenu. J'étais d'humeur assassine, et mon sabre, s'il est un peu beaucoup ébréché, peut encore faire mal. Bon, mes excuses à ceux ou celles qu'il aura pu écorcher. Je ne vous connais pas, et il n'y a rien de « personnel » comme on dit ici. C'est juste que vous vous êtes aventurés sur un sujet que je connais très bien, et dont j'ai toujours défendu l'intégrité.

12 février 2024

Reconciling the Impossible: the Historical Facts and the Misfortunes of Alonso Ramirez

Carlos de Sigüenza y Góngora (Mexico City, 1645-1700), “Infortunios de Alonso Ramírez. [The Misfortunes of Alonso Ramírez],” Grolier Club Exhibitions, accessed December 1, 2023, https://grolierclub.omeka.net/items/show/1672
Title page of Infortunios de A. Ramirez (1690)
Copyright © Hispanic Society of America

I hope that those who usually follow my work in French will forgive me, but the subject of this blog post, as well as the study it introduces, really requires the use of the lingua franca of our time...

Long considered a pure fiction, the Infortunios de Alonso Ramírez, a small work published in Mexico in 1690, chronicles the misfortunes of a Spaniard who was held captive by a gang of English pirates traveling in the Asiatic seas for about two years. Over the past twenty years, this work has been the subject of several studies, which tend to demonstrate that it is a partially true story. Accordingly, some scholars posited that its author was a prisoner aboard the Cygnet, a ship on which the famous William Dampier served, as well as in the same capacity aboard a second pirate ship called The Good Hope. However, Ramírez's account is replete with so many half-truths and lies that it is difficult, if not almost impossible, to arrive at any certainty, and this reduces its historical importance. But reading the scholars who have examined the Infortunios so far, one could believe the opposite and consider it a valuable testimony for the study of 17th-century piracy. In fact, this erroneous perception comes directly from their failure to paint a relatively complete and fair picture of the adventures of the historical pirates they assimilated to those of Ramírez's account, an essential point in order to draw reasonable hypotheses about his Infortunios. This text will attempt to fill that gap. The exercise will be done not only using the unavoidable narratives of Dampier and documents from the Archivo General de Indias relating to the Philippines, but above all using other ones coming mainly from the archives of the defunct Dutch East India Company, which were not very accessible or little used until now. In doing so, new (and better) foundations will be laid for the future study of the historicity of Ramírez's "Misfortunes", which will be, in any case, particularly difficult. It will also be an opportunity, in the light of the same sources, to reassess the voyage of the Cygnet in Asia, as well as the less known one of Captain John Eaton's company, to which some of the pirates of the Good Hope had belonged.

You can access this study here:

Be aware that this is my own translation of the original text that I first wrote in French. One of my acquaintances was kind enough to review it, pointing out the most important mistakes. The result is certainly not perfect, and further editing would have been required. I therefore pray the reader to be indulgent. However, any suggestions for enhancing or correcting this paper will be greatly appreciated. And as always, any comments or questions regarding the contents are welcome. Good reading and... discoveries!

03 janvier 2024

Nouvelles perspectives pour l'étude d'Exquemelin

Exquemelin - J'ai Lu

C'était, à la fin d'un autre siècle, à une époque où je lisais beaucoup, une époque où le mot « internet » ne faisait pas encore partie de la langue commune. Ma bourse ne me permettait que rarement d'acheter des livres neufs. Je fréquentais donc les bouquinistes de la ville de Québec, un samedi, un dimanche, ici et là. C'est à l'une de ces occasions que je mis la main sur un ouvrage dont le titre attira aussitôt mon attention, Histoire des Frères de la côte. J'en feuilletai quelques pages, y lisant en diagonale les aventures de pirates français et anglais des Antilles. Ce fut mon premier contact avec « Alexandre Olivier Exmelin », car telle était la forme sous laquelle figurait le nom de l'auteur dans cette édition de poche, « moderne » et largement tronquée, de son fameux Histoire des avanturiers flibustiers qui se sont signalez dans les Indes. J'ai encore le livre dans ma bibliothèque [image de couverture ci-contre]. Je ne l'ai pas lu depuis fort longtemps, lui préférant maintenant les éditions originales et complètes du XVIIe siècle que l'on peut trouver facilement sur... internet. C'est devenu un souvenir, une sorte de curiosité.

C'est pourtant grâce à cet ouvrage, à son auteur, Alexandre Olivier Exquemelin, de son nom exact, que je dois ma passion pour les flibustiers et leur histoire. Certes, il a été détrôné par William Dampier comme mon chroniqueur favori... question de goût, sans doute. Pourtant tout comme l'oeuvre de Dampier, celle d'Exquemelin, malgré certains défauts, demeure un témoignage incontournable pour qui étudie l'histoire des flibustiers, bien qu'elle soit, elle aussi, plus que cela, puisqu'elle contient des renseignements intéressant les sciences naturelles, la géographie et l'ethnographie de l'Amérique du XVIIe siècle. Mais le Français m'a toujours paru trop insaisissable. Il disait peu de choses de lui-même, et au fil de mes travaux, je m'aperçus que plusieurs éléments biographiques concernant l'auteur se trouvant, entre autres, dans la préface de ma version moderne tronquée de son oeuvre ne collaient tout simplement pas : je sais maintenant que ces éléments biographiques sont quasiment tous faux.

De Americaensche zee-roovers

En effet, depuis plus de trois siècles, bien des absurdités et des faussetés ont été écrites à la fois sur l'auteur et sur son oeuvre. Il y a quelques années, feu Jacques Gasser et moi, un peu en parallèle, avions commencé à lever le voile sur l'auteur. Nous avions même l'intention d'écrire ensemble un texte sur ces découvertes. Mais comme je ne peux me satisfaire de peu en matière de flibustiers, je me suis mis à analyser les diverses versions et traductions originales de l'oeuvre d'Exquemelin, car là aussi il y avait des indices sur la vie de l'homme, ou du moins des éléments permettant de mieux le comprendre. Or, en octobre 2020, le décès de Jacques a mis un terme à ce projet. Il faut dire qu'il jugeait ma version préliminaire du texte beaucoup trop long!

L'an passé, j'ai finalement proposé mon étude à la revue HISTOIRE(S) de l'Amérique latine (HISAL), qui avait déjà publié mon article sur Étienne Massertie. La voici donc, cette étude sur Exquemelin dans le volume 16 de HISAL. Je l'ai faite à la lumière de renseignements inédits, qui montre notamment qu'il était polyglotte et catholique, qu'il fut engagé dans la traite négrière et que, dans les dernières années de sa vie, il résidait à Saint-Malo. En parallèle, j'ai ré-analysé les premières éditions de son oeuvre. Le texte qui en résulte ne prétend pas donner une biographie complète de l'homme, pas plus qu'il ne constitue une étude exhaustive de ses écrits. Son objectif, plus modeste, est de proposer un nouveau canevas pour tous ceux qui étudieront Exquemelin à l'avenir:


Exquemelin, a reassessment

It was, at the end of another century, a time when I read a lot, a time when the word "internet" was not yet part of the common language. My purse rarely allowed me to buy new books. So I used to visit second-hand book sellers in Quebec City, on a Saturday, a Sunday, here and there. It was on one of these occasions that I got the hand on a book whose title immediately caught my attention, Histoire des Frères de la côte. I leafed through a few pages, reading snippets of the amazing adventures of French and English pirates in the West Indies in the 17th Century. This was my first contact with "Alexandre Olivier Exmelin", for such was the form of the author's name in this "modern" and largely truncated pocket edition of his famous Histoire des avanturiers flibustiers qui se sont signalez dans les Indes, the French incarnation of his work. I still have the book in one of my bookcases. I haven't read it for a very long time, preferring the original and complete editions of the 17th Century, that can be easily found on... the internet. So, it has become a reminder, a kind of curiosity.

However, thanks to this book, to its author, Alexandre Olivier Exquemelin (that is his right name), I owe my passion for the buccaneers and their history. Admittedly, he was dethroned by William Dampier as my favorite chronicler... question of taste, no doubt. However, just like Dampier's work, that of Exquemelin, despite certain (and many) faults, remains an essential testimony for whoever studies the history of the buccaneers, although it is more than that, since it contains information interesting in the natural sciences, geography, and ethnography of seventeenth-century America. But the Frenchman has always seemed too elusive to me. He said very little about himself, and in the course of my own studies, I realized that much of the biographical sketch about the author (that I could read in the preface of my truncated modern version of his work) simply did not fit the facts... in the same way as the Wikipedia entries about him. I now know that this biographical sketch is almost all false.

Indeed, for more than three centuries, many absurdities and falsehoods have been written about both the author and his work. A few years ago, the late Jacques Gasser and I, somewhat in parallel, began to lift the veil on the author. We even intended to write together a text on these discoveries. But as I cannot be satisfied with little in terms of buccaneers, I began to analyze the various versions and original translations of the work of Exquemelin, because there too there were clues to the life of the man, or at least some elements for its better understanding. However, in October 2020, the death of Jacques put an end to this project. It must be said that he considered my preliminary version of our intended common text much too long!

Last year, I finally submitted my study to the journal HISTORY(S) of Latin America (HISAL), which had already published my article on Étienne Massertie. So here is my study on Exquemelin in HISAL, vol. 16. Using unpublished information, I shed a new light on the man, showing in particular that he was polyglot and Catholic, that he was later engaged in the slave trade and that, in the last years of his life, he resided in Saint-Malo. In parallel, I re-analyzed the first editions of his work. The resulting text does not claim to give a complete biography of the man, nor does it constitute an exhaustive study of his writings. Its more modest goal is to provide a new framework for all those who will study Exquemelin in the future. Good reading.... in French (!):

17 septembre 2023

L'histoire de la lagune de Términos

Carte du Yucatan, par Herman Moll, 1699
Carte du Yucatan, par Herman Moll, 1699 © John Carter Brown Library

L'automne arrive à grand pas... et je ne pense pas chômer puisque j'ai en chantier quelques projets concernant, toujours, les flibustiers des Antilles en Asie... dont un sur l'énigmatique récit d'Alonso Ramírez que j'espère déposer ici avant la fin de l'année, et puisque l'on m'a convaincu de l'écrire en anglais, il devrait être uniquement dans cette langue.

Hormis ces travaux... voilà exactement un mois, j'étais l'invité à la séance mensuelle de l'un des séminaires permanents du Centro Peninsular en Humanidades y Ciencias Sociales (CEPHCIS). C'est l'un des centres de recherche de l'université nationale autonome du Mexique, et il est situé à Mérida de Yucatán. Bon, je ne suis pas allé au Mexique, quoique cela aurait été bien tentant, d'autant plus que mon seul voyage (malheureusement comme touriste) dans ce pays, à Acapulco (le port d'escale du galion de Manille) remonte bien... à 30 ans. Tout ça c'est donc fait à distance, et c'est bien là l'un des rares avantages à long terme qu'aura eu la pandémie du virus chinois : développer à un niveau inégalé jusques là les communications audio-visuelles en direct... mais je m'égare un peu... comme toujours.

Je disais donc que ce séminaire était intitulé La Construcción Histórica de Regiones Depredadas, et le sujet de la séance à laquelle j'ai participé était la piraterie au XVIIe siècle dans la lagune de Términos, autrement appelée par les Français et les Anglais de l'époque, la lagune de Triste. C'est un sujet qui m'a toujours passionné, et que j'ai longuement étudié vers 2010-2015, avant que je ne me plonge dans les expéditions de la mer du Sud. Il demeure toujours l'un de mes favoris, et je constate que des chercheurs latino-américains pourront probablement mener à terme l'étude de ce sujet, mieux que je ne saurais le faire, et cette perspective me réjouit. C'est à deux de ces chercheurs, Victor Medina Lugo et Rodrigo de la O, que je dois d'ailleurs ma participation à ce séminaire.

Entre l'espagnol, le français et l'anglais, ce fut à la fois amusant et intéressant, mais j'ai bien regretté ne pas savoir parlé espagnol comme je sais si bien le lire... dans sa version « XVIIe siècle ». J'ai exposé comment j'étais venu à étudier l'histoire des flibustiers, etc. Nous avons ensuite échangé sur la présence des coupeurs de bois de teinture et des flibustiers dans la lagune, mais aussi ailleurs au Yucatan à la même époque.

Je tiens donc à remercier ici publiquement tous ces sympathiques universitaires et chercheurs qui m'ont accueilli lors de cette séance, à savoir :

  • Rosa Torras Conangla, du CEPHCIS, responsable du séminaire, spécialisée dans la territorialité et l'espace de la lagune de Terminos aux XIXe et XXe siècles.
  • Rodrigo Alejandro de la O Torres, de l'université autonome d'Aguascalientes, spécialiste de l'histoire de la piraterie au Yucatan aux XVIe et XVIIe siècles, avec qui j'avais correspondu précédemment.
  • Luis Mezeta, de l'université autonome de San Luis Potosis, spécialisé dans l'étude des commerçants du Yucatan de la fin du XVIIIe siècle jusqu'au début du XIXe.
  • Victor Medina Lugo, étudiant au doctorat en histoire à l'université de Tulane, avec qui j'ai échangé plusieurs fois sur la présence des flibustiers dans la lagune de Términos dans la seconde moitié du XVIIe siècle, et qui effectue d'ailleurs lui-même des recherches, qui s'annoncent prometteuses, sur le sujet.
  • Ubaldo Dzib, de l'université automone de Campeche, sociologue spécialisé dans l'étude des groupes de pouvoir et de la politique sociale dans la région de Sabancuy au XXe siècle.
  • Pascale Villegas, de la même université, dont la spécialité est la présence consulaire étrangère à Campêche et à Carmen, que je remercie particulièrement pour m'avoir servi de traductrice.

¡Muchas gracias a todos, una vez más!

30 juillet 2023

Sortir de « l'enfer de la flibuste » : des Galapagos au Siam

douane siamoise
Douane siamoise (1688)

Ceux qui ont lu la seconde édition de L'Enfer de la flibuste auront probablement remarqué qu'un groupe de neuf hommes avaient quitté le capitaine Franc Rolle aux Galapagos à la fin de l'année 1689, et qu'ils avaient traversé le Pacifique pour ensuite se disperser en Asie du Sud-Est et en Inde, sans que nous puissions savoir ce qu'ils y avaient fait et comment s'était déroulé leur voyage. Ça ne m'avait pas réellement sauter aux yeux, avant que je n'entreprenne la rédaction du texte que je présente ici, mais ces neuf flibustiers furent quand même les premiers Français, en tant que groupe, à traverser, d'est en ouest, la grande « mer du Sud ». Certes, les Espagnols, bien évidemment, mais aussi les Anglais et les Néerlandais, l'avaient fait bien avant, ce qui diminue beaucoup l'importance de cette première... Cependant, j'ai toujours pensé qu'il aurait été interessant d'en apprendre davantage sur ce qui leur était advenu après... après être sorti de ce que Frantz Olivié a appelé « L'Enfer de la flibuste ». Et l'année dernière, au hasard d'une bête recherche, j'ai trouvé dans les archives de la compagnie des Indes néerlandaises la copie d'une lettre de deux missionnaires français, et cela m'a lancé sur une nouvelle piste. J'ai ainsi commencé à lever un peu le voile sur les aventures en Asie de ces neufs hommes, surtout celles d'un certain Antoine de Chazelle. Ici, le lecteur ne doit pas s'attendre à des choses très exceptionnelles, et à dire vrai, il n'est plus question de piraterie, mais de l'intégration d'un ancien flibustier dans les réseaux commerciaux asiatiques, avec en prime quelques considérations d'ordre matrimonial. D'autre part, j'ai profité de l'occasion qui s'offrait, compte tenu du sujet principal, pour faire une revue sommaire des traversées du Pacifique entreprises par des flibustiers de 1685 à 1705.

Le texte qui en a résulté ne me satisfait toutefois qu'à moitié, parce que d'une part j'ai voulu y inclure tout ce que j'avais découvert — ce qui n'est pas nécessairement la meilleure des idées car, parfois, je l'avoue, c'est plus ou moins intéressant —, et parce que d'une autre, il a bien fallu que je mette en contexte plusieurs éléments qui m'étaient plus ou moins familiers. Comme j'ai d'autres projets en chantier, lesquels (je l'espère) seront plus achevés que celui-ci, j'ai décidé de livrer au lecteur dans l'état où elles sont mes « notes de recherche » sur ces neuf flibustiers. Et ce sont des notes volumineuses puisque l'ensemble compte environ 35 000 mots, incluant les autres notes, celles de bas de page, qui sont conséquentes, et que je peux me permettre, lorsque je publie ici, d'utiliser avec prodigalité, toujours avec ce même objectif en tête : faire preuve de transparence quant aux sources que j'utilise et permettre ainsi plus facilement, à ceux qui le souhaitent, de corroborer mes propos. Les voilà donc ces fameuses notes de recherche, sur lesquelles j'ai travaillé pendant plus de six mois, épisodiquement bien sûr :

02 avril 2023

Petite trivialité concernant Dampier

Ces derniers mois, j'ai prospecté les archives néerlandaises en ligne, particulièrement celles de la Verenigde Oostindische Compagnie (VOC), la compagnie néerlandaise des Indes orientales. Bientôt — je l'espère —, je partagerai sur ce blogue quelques unes de mes découvertes... à tout le moins des textes sont en cours de rédaction pour d'éventuelles diffusions. L'un d'eux aura pour sujet la première traversée, d'est en ouest, de la grande mer du Sud, c'est-à-dire l'océan Pacifique, par des Français, qui étaient évidemment des flibustiers. En me documentant sur ce sujet, j'en suis venu à m'intéresser à ces traversées faites par des flibustiers à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle. Parmi les archives de la VOC, j'ai ainsi trouvé de nombreux documents relatifs à trois de ces traversées effectuées en 1705 par des membres de l'équipage du corsaire anglais The Saint George. Dans le cadre de la guerre de la Succession d'Espagne, cette frégate et une galère nommée The Cinque Ports avaient été armées en Angleterre, sous une commission de la reine Anne, pour donner la chasse aux Espagnols et aux Français en mer du Sud. Cette expédition était commandée en chef par le fameux William Dampier, lui-même étant capitaine du The Saint George.[1] De nos jours, ce voyage est surtout connu à cause de l'un des marins du Cinque Ports qui choisit de se dégrader volontairement sur l'une des îles de l'archipel Juan-Fernández, l'Écossais Alexander Selkirk, dans lequel on voit aujourd'hui l'archétype de Robinson Crusoé.[2]

L'expédition de Dampier, qui en était à son second commandement en mer, fut un véritable fiasco, et ce malgré quelques prises faites sur les Espagnols. Il se brouilla d'abord avec Thomas Stradling, le commandant du Cinque Ports. Ensuite, à deux reprises, au Nicaragua, il vit une partie de son propre équipage l'abandonner pour traverser le Pacifique. La première fois, ce furent une vingtaine d'hommes, conduits par le premier contremaître du Saint George, John Clipperton, qui s'embarquèrent dans une petite barque de 40 tonneaux pour entreprendre ce voyage.[3] Environ deux mois plus tard, ce fut au tour d'une trentaine d'autres, dont le chef était John Ballehache, maître de la frégate, et qui incluait le subrécargue de l'expédition, Edward Morgan, de prendre la même direction, cette fois dans une prise espagnole un peu plus grande.[4]

Pour finir, après avoir abandonné le Saint George, Dampier et le reste de son équipage (soit 28 hommes) quittèrent eux aussi, à bord d'une petite prise, les côtes pacifique des Amériques, et après une traversée de plusieurs mois, ils arrivèrent le 13 novembre 1705, à l'embouchure de la rivière Simuay, dans le sultanat de Maguindanao, à Mindanao, l'une des Philippines. C'était à cet endroit que 19 ans auparavant, le capitaine Charles Swan (sous les ordres duquel servait alors Dampier) était lui-même venu faire escale après sa propre traversée du Pacifique. Dès le lendemain, 14 novembre, Dampier vint jeter l'ancre à la rade, puis il alla visiter deux agents de la VOC venant de Ternate, dont le navire y mouillait depuis déjà plusieurs semaines. Ces deux officiers néerlandais, envoyés par le gouverneur des Moluques en mission commerciale et diplomatique auprès du sultan de Maguindanao, ne manquèrent pas de rendre un compte rendu détaillé de leurs échanges avec le capitaine anglais.[5] Parmi d'autres sujets qui pourraient intéresser les historiens, leur rapport décrit Dampier comme étant :

William Dampier, par Thomas Murray, v. 1697-1698
William Dampier © National Portrait Gallery, Londres, NPG 538
« une personne de taille moyenne, mais quelque peu maigre de corps et de visage, avec un grand nez aquilin et une barbe grise, paraissant âgé d'une cinquantaine d'années, et dont l'auriculaire droit semblait être amputé ou coupé juste au-dessus de la troisième ou dernière phalange. »[6]

C'est l'une des rares — sinon la seule — descriptions physiques que nous possédons de Dampier. Par le propre témoignage de ce dernier, nous savons qu'il était effectivement un homme maigre, du moins lorsqu'il se comparait à son ancien chef, le capitaine Swan, personnage bien en chair.[7] Certes, c'était 20 ans auparavant, mais, par chance, quelques années avant son voyage comme capitaine du Saint George, le peintre écossais Thomas Murray avait réalisé le portrait de l'ancien flibustier. C'était une commande du médecin et botaniste irlandais Hans Sloane (1660-1753), membre de la Royal Society et grand collectionneur de curiosités, qui s'était pris d'amitié pour Dampier. Ce portrait confirme également une autre caractéristique physique, notée par les deux officiers de la VOC, soit son grand aquilin. Il montre également la main droite du flibustier tenant le premier volume de ses Voyages, mais on n'y voit que le pouce.[8] Alors qu'en est-il du petit doigt amputé en partie de cette main? L'un des prisonniers faits par Dampier lors de sa croisière aux côtes pacifiques de l'Amérique espagnole, déclara à Lima que celui-ci l'avait perdu lors d'une précédente expédition en mer du Sud.[9] Il est toutefois impossible de savoir si c'est lors de son premier voyage dans cette mer, faite par le Darien, avec les capitaines John Coxon, Richard Sawkins puis Bartholomew Sharpe (1680-1681), ou lors de son deuxième sous les ordres d'Edward Davis puis de Swan (1684-1686). Dans tous les cas, ni dans son manuscrit, ni dans les versions publiées de son livre, il ne parle de ce handicap et comment il perdit ce bout de doigt.


Notes

[1] L'essentiel de cette expédition est bien rapportée par William Funnell, A Voyage Round the Word, containing an Account of Captain Dampier's Expedition into the South-Seas in the Ship St George, in the Years 1703 and 1704 (Londres: James Knapton, 1707), 300 p.

[2] Concernant le séjour volontaire de Selkirk à l'île Juan-Fernández más a Tierra (aujourd'hui improprement appelée Isla Robinson Crusoe), voir Woodes Rogers, A Cruising Voyage Round the World: First to the South-Seas, thence to the East-Indies, and homewards by the Cape of Good Hope, begun in 1708, and finish'd in 1711 (Londres : Andrew Bell et Bernard Lintot, 1712), p. 124-129. À écouter aussi le podcast de Daniel Fiévet et Cécile Laffon, « Alexander Selkirk, le vrai Robinson Crusoé », série Naufragés - une histoire vraie, France Inter, 3 janvier 2023 [en https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/naufrages-une-histoire-vraie/alexander-selkirk-le-vrai-robinson-crusoe-7731320 (consulté le 1er avril 2023).

[3] NL-HaNA VOC/inv.nr. 1699/fol. 1304-1306, relation de Christoffel Wagenaar, Batavia, 14 janvier 170; et Funnell, A Voyage Round the Word, p. 67-68.

[4] NL-HaNA VOC/inv.nr. 721/résolution du gouverneur général et du conseil de Batavia, 13 décembre 1705, et surtout NL-HaNA VOC/inv.nr. 1710/p. 61-66, lettre du gouverneur Balthasar Coyett et son conseil au gouverneur général et au conseil de Batavia, Amboine, 8 juin 1705; et Funnell, A Voyage Round the Word, p. 86, 221-249.

[5] NL-HaNA VOC/inv.nr. 1727/p. 269-443, relation journalière du voyage à Maguindanao de Pieter Kloek et Nicolaas Ploos, du 4 septembre au 18 décembre 1705.

[6] Idem, p. 365 [en ligne] https://www.nationaalarchief.nl/onderzoeken/archief/1.04.02/invnr/1727/file/NL-HaNA_1.04.02_1727_0369 (consulté le 1er avril 2023). Le texte néerlandais (avec modernisation de l'orthographe) se lit comme suit : « een persoon van een middelmatig stature, doch wat schraal van lichaam en tronie met een hoog rand neus en grijzen baard, en na aanzien in de vijftig jaren, wiens rechter pink tot even boven het derde of laatste lit afgezet of gekapt scheen te wezen. ».

[7] William Dampier, A New Voyage Round the World (Londres: James Knapton, 1697), p. 284.

[8] Thomas Murray, William Dampier, v. 1697-1698, huile sur toile [749 x 629 mm], National Portrait Gallery (Londres), NPG 538 [en ligne] https://www.npg.org.uk/collections/search/portrait/mw01706/William-Dampier? (consulté le 1er avril 2023). C'est une image réduite de cette peinture qui est reproduite ici. Il s'agit vraisemblablement de la seule représentation d'après nature d'un flibustier qui soit parvenu jusqu'à nous.

[9] AGI LIMA/484/fol. 138, cité dans José Francisco Buscaglia Salgado, « Infortunios de Alonso Ramírez (1690), o del naufragio que le abrió a América el mundo », La Habana Elegante: segunda época, no. 50 (automne-hiver 2011), dos. 2 [en ligne] http://www.habanaelegante.com/Fall_Winter_2011/Dossier_Buscaglia.html (consulté le 1er avril 2023). L'extrait pertinent se lit comme suit : « el capitán de mar y guerra, piloto mayor del navío grande, se llama Guillermo Dampier, que será de sesenta y quatro a sesenta y seis años de edad que ha estado en este mar otras veces y en una de ellas perdió el dedo meñique de la mano derecha... ».

06 octobre 2022

Quelques nouvelles

Barbot - description

Au cours de l'été qui vient de se terminer, j'ai beaucoup travaillé sur une source volumineuse touchant l'escale du capitaine Nicolas van Hoorn, alors un négrier, à Santo Domingo, quelques mois avant qu'il ne commande en chef la prise de la cité portuaire de Veracruz (1683). J'en suis venu, parallèlement, à me documenter sur la carrière de Van Hoorn antérieure à ces deux affaires. Et j'espère pouvoir un jour écrire quelque chose là-dessus, et pourquoi pas un livre, parce que la prise de Veracruz fut véritablement la plus profitable entreprise des flibustiers au XVIIe siècle, beaucoup plus que celle de Panama.

Pour la petite histoire, Van Hoorn ne fut ni un corsaire ou un pirate pas plus qu'un flibustier avant ces affaires, et ce quoiqu'on en disent les relations qui le concernent se trouvant dans l'édition française d'Exquemelin de 1699. Mes récentes recherches m'ont permis en effet d'apprendre que ce marchand de Flessingue avait résidé dans la ville française de Nantes, où il s'était marié, avant de devenir, lors de la guerre de Hollande, commissaire priseur pour le compte de l'Amirauté de Zélande en Galice et en Biscaye, et qu'ensuite, il avait bel et bien fait trois voyages négriers consécutifs en Guinée, en 1677-1678, 1679-1680 et 1682. Je suis ainsi parti à la découverte de la traite des esclaves aux côtes de Guinée, telle qu'elle se pratiquait à l'époque. Parmi les nombreuses sources anciennes (manuscrites ou publiées) et modernes que j'ai consultées, se trouvait l'imposante description des côtes de Guinée, fruit des notes d'un marchand français nommé Jean Barbot.

De confession calviniste, Barbot avait effectué quelques voyages négriers en Guinée, et lors de la révocation de l'Édit de Nantes, il s'était exilé, comme beaucoup de protestants français, en Angleterre. C'est dans ce pays, et en anglais, que fut publié à titre posthume son ouvrage sur la Guinée sous le titre A Description of the Coasts of North and South Guinea (Londres, 1732). Or, aux pages 425-426, parmi les nombreuses annexes qui grossissaient le titre principal, telle ne fut pas ma surprise d'y voir mentionner le nom d'Étienne Massertie :

« Monsieur de Gennes, whom I knew in France, engineer in the King of France's service, after the expedition I am now going to speak of, was made governor of part of St. Christopher's island, in America, and at last taken at sea by the English, and carried to Plymouth, where he died; being sent, by the King of France's approbation, with a little squadron of four frigates, one corvette of war, and two pinks, carrying mortars and six hundred bombs, with all sorts of provisions and ammunition, necessary for a long voyage, to make a full discovery of the coasts of New Spain in the South Seas; in order to reap the advantages that one Macerty and one Oury made out might be expected from such an undertaking, they having , among other buccaneers, taken very rich booties from the Spaniards in those parts. »

Ici, Barbot faisait référence à l'expédition conduite par l'une de ses connaissances, Jean-Baptiste de Gennes, officier de la marine royale française converti au catholicisme, qui tenta de passer à la mer du Sud en 1695, par le détroit de Magellan, pour aller faire la guerre aux Espagnols. Ce voyage qui avorta avait été effectivement entrepris sur la foi des renseignements fournis par Massertie à De Gennes à son retour de la mer du Sud, comme Frantz Olivié et moi l'expliquons dans L'Enfer de la flibuste (Toulouse: Éditions Anacharsis, 2021), p. 427-439. Nous savions par ailleurs que Massertie avait un associé dans cette affaire. À ce propos, faisant le rapport des aventures précédentes en mer du Sud du capitaine Franc Rolle, de Massertie et de leurs compagnons (1685-1694), le Jésuite La Mousse écrivait depuis Cayenne :

« Un des deux flibustiers qui avaient acheté le vaisseau, fils d’un bon marchand de Bourdeaux, se noya, passant de Blaye à sa ville ; il s’appelait Masserti (...) Son camarade nommé Étranger monte un des vaisseaux de l’escadre qui est partie de La Rochelle sous le commandement de M. de Gennes pour aller à la mer du Sud. » [idem, p. 374-375]

Toutefois « Étranger » ne pouvait être qu'un surnom, puisque les deux flibustiers qui servirent comme lieutenants à bord des navires de De Gennes, à la suite du décès de Massertie, sont connus. Il s'agit de Lamarre de Caen et Richard Horry. Des deux, De Caen apparaissait le candidat le plus probable, ou à tout le moins c'était celui dont la carrière est la mieux documentée. Dans mon texte Lorsque les flibustiers prenaient la plume : le dossier Massertie, je signalais d'ailleurs ce fait sans prendre définitivement position à savoir s'il avait été ou non l'associé de Massertie. Ici, Barbot vient établir que cet associé de Massertie était plutôt Horry (qu'il appelle « Oury »).

Sur le même sujet, je signale qu'aujourd'hui (le 6 octobre) l'émission Le Cours de l'Histoire, diffusée sur France Culture, a consacré son quatrième et dernier épisode de sa série « Prendre la mer, une histoire », sous le titre À l’abordage! Les flibustiers écument les mers du Sud à ces aventuriers. À cet occasion, l'animateur Xavier Mauduit a reçu, parmi ses invités, l'éditeur Frantz Olivié et Maxime Martignon, auteur d'une édition critique de la relation du capitaine Montauban.

05 mai 2022

« mea culpa » concernant Raveneau de Lussan

page de titre du journal de Raveneau

Dans mon texte intitulé Lorsque les flibustiers prenaient la plume : le dossier « Massertie », publié l'an passé dans la revue HISTOIRE(S) de l'Amérique latine, j'ai commis une légère erreur. En effet, à la page 2, note 6, de ce texte, j'y identifiais Raveneau de Lussan, auteur d'une relation de voyage en mer du Sud, comme étant « Hiérosme Raveneau, sieur de Luxan, bourgeois de Paris, décédé en 1716 ». Or, après quelques vérifications, il apparaît que ce personnage ne peut pas être le flibustier Raveneau, mais plutôt son père... bien que je doive demeurer prudent en formulant cette nouvelle hypothèse... plus prudent que je ne l'ai été en prenant pour vérité ce qui manquait de corroboration! L'erreur m'apparaît d'autant plus importante que ma bévue se retrouve maintenant dans la notice de Raveneau de Lussan sur Wikipedia, et que l'un de mes collègues a utilisé ce renseignement dans l'une de ses publications. Reprenons donc l'affaire depuis le début.

Le nom complet du sieur Raveneau, qui servit sous des capitaines tels que Laurent de Graffe et François Grogniet, est inconnu, même si dans certaines notices biographiques (par exemple, celle du catalogue la Bibliothèque nationale de France) il est prénommé Jacques. Malgré les recherches que j'ai faites à plusieurs reprises, je n'ai jamais trouvé aucune source confirmant ce prénom. Cependant, il y a quelques années, j'ai découvert un document produit par un généalogiste français nommé Guillaume Pot, Familles BRILLON & SALMON : marchands drapiers, où il était question de Hierosme [autrement dit Jérôme] Raveneau, sieur de Luxan, bourgeois de Paris, décédé en 1716. Évidemment, puisque le nom de lieu Luxan est une variation de Lussan — ce que j'ai pu constater dans d'autres documents que j'ai pu consulter sur Geneanet, et notamment des actes notariaux originaux ou des dépouillements de ces actes —, je me suis dis, voici notre flibustier! Cela paraissait plausible. En effet, ce Hierosme Raveneau avait épousé, en 1703, Geneviève Brillon, dont il avait eu un fils prénommé Charles Hiérosme né l'année suivante.

C'était trop beau pour être vrai. En effet, il y a quelques jours, en consultant les pièces originales du Cabinet des titres, provenant des anciennes archives de la Chambre des Comptes, Ravelin-Ravignan (BnF Français 28923), je me suis rendu compte de ma méprise. Ledit Hierosme Raveneau sieur de Lussan n'en était pas à son premier mariage. Avant son union avec la demoiselle Brillon, il était déjà veuf (depuis 1701) de feue Geneviève Belin, qu'il avait épousée, également à Paris, en... 1658. Or, à supposer qu'il ait eu au plus 20 ans en 1658, il aurait eu près de 40 ans en 1677, lors du siège de Saint-Ghislain, dans les Flandres, auquel Raveneau de Lussan le flibustier dit avoir participé alors qu'il était très jeune, encore à la charge de de ses parents.

L'affaire ne s'arrête pourtant pas là. Hierosme Raveneau, sieur de Luxan, eut aussi un fils de sa première épouse, la demoiselle Belin, prénommé Hiérosme comme son père. Ce second Hiérosme Raveneau, décédé avant son père le sieur de Luxan, soit avant 1716, pourrait-il être notre flibustier? Il laissa trois enfants de son union avec une certaine Françoise Boutillier, lesquels sont qualifiés de mineurs au décès de leur grand-père paternel. À cette époque la majorité étant fixée à 25 ans, l'aîné de ces trois enfants serait donc né au plus tôt vers 1691, vraisemblablement beaucoup plus tard. Par conséquent, le mariage de leur père avec la demoiselle Boutillier aurait été célébré dans les dernière années du XVIIe siècle, soit après le retour de Raveneau le flibustier en France. Il serait vraisemblable — notez le conditionnel — que ce dernier et Hierosme Raveneau fils soient un seul et même homme. Dans tous les cas, il y a une relation évidente entre le flibustier qui se faisait appeler Raveneau de Lussan, originaire de Paris, et cette famille Raveneau de Luxan, également de Paris.

Avant de conclure ce mea culpa touchant Raveneau, je souligne ici qu'un exemplaire de la première édition de son livre a été récemment mis en ligne sur Gallica. Cette édition, fort rare comparativement à celles suivantes de 1690, 1693 et 1705, fut achevée d'être imprimée le 22 septembre 1689 sur les presses de Jean-Baptiste Coignard, imprimeur ordinaire du roi.

01 avril 2022

Les deux Bachelors Delight

détail d'un tableau de Willem van de Velde (1680)
Détail d'un tableau de W. van de Velde

À la fin de septembre dernier, alors que je concluais mes recherches pour un texte sur le premier voyage de Thomas Tew en mer Rouge, j'ai eu quelques échanges avec un chercheur que j'avais abordé via Facebook. L'objet des enquêtes de cet homme était le Bachelors Delight, le navire de l'un des prédécesseurs de Tew, le capitaine George Rayner ou Raynor, dont l'expédition fait également l'objet d'un autre de mes textes. Il faut d'abord savoir que certains historiens américains considèrent, encore à tort (selon moi), que le navire de Rayner est le même que celui que commandèrent John Cook puis Edward Davis lors de leur entreprise en mer du Sud (1684-1688), lui aussi appelé Bachelors Delight. Or, ce que j'ai pu déduire de mes échanges avec ce mystérieux chercheur c'est qu'il croyait aussi à cette hypothèse, et qu'il en était d'ailleurs l'un des promoteurs. Pourtant, il me semblait, me disais-je, qu'il pouvait avoir de sérieuses preuves pour appuyer ces dires. L'homme se montra très réticent à fournir des détails sur ces preuves, par crainte de se voir voler le fruit de ses travaux, crainte fort légitime au demeurant et que je comprend fort bien. Je soupçonnais toutefois qu'il lui manquait certains éléments parce que j'ai un excellente connaissance l'histoire du Delight de Cook et Davis, et ce navire n'a absolument rien à voir avec celui du même nom que commanda Rayner. J'ai donc proposé à ce chercheur américain de lui exposer mon argumentation à ce sujet, avec les preuves documentaires à l'appui, et ce sans aucune contrepartie, comme je l'ai d'ailleurs fait souvent par le passé pour d'autres.... Mais ce fut en vain. Qu'à cela ne tienne, si mon mystérieux correspondant vient à lire cette page, il trouvera ici tout mon argumentaire concernant ce que j'appellerais l'affaire des deux Delight :

From the South Sea to the Red Sea : The case of the two 'Bachelors Delight' (1683-1692)

At the end of last September, while I was finishing my research for my text on the fort voyage of Thomas Tew to the Red Sea, I had some discussions with a researcher that I had approached via Facebook. The subject of this man's investigations was the Bachelors Delight, the ship of one of Tew's predecessors, Captain George Rayner or Raynor, whose expedition is also the subject of one of my previous texts. You should first know that some American historians consider, still wrongly (in my opinion), that Rayner's ship is the same as the one commanded by John Cook and then Edward Davis during their venture in the South Sea (1684-1688), this ship being also called Bachelors Delight. However, what I was able to deduce from my exchanges with this mysterious researcher is that he also believed in this hypothesis, and that he was, moreover, one of his promoters. Yet it seemed to me, I told myself, that he might have some serious evidence to back up his claim. The man was very reluctant to provide details on his evidence, for fear of having the fruit of his researches stolen, a very legitimate fear, which I understand very well. I suspected, however, that he was missing some elements because I am very familiar with the history of Cook and Davis' Delight, and this ship has absolutely nothing to do with the ship of the same name commanded by Rayner some years later. I therefore proposed to this American researcher to present my argument to him on this subject, with supporting documentary evidence, and this without any obligation (as disclosing to me his own sources) from his part, as I have often done in the past for others, but it was in vain. Never mind, if my mysterious correspondent reads this page, he will find here all my arguments concerning what I call the affair of the two Delights:

10 mars 2022

Notes de lecture : Les aventures du capitaine Montauban

Couverture du livre

Histoire du sieur de Montauban, capitaine flibustier : Course, traite et littérature
Texte présenté par Maxime Martignon
112 pages (12,5 x 20 cm)
Toulouse: Éditions Anacharsis, 2021
ISBN : 9791027904198
http://www.editions-anacharsis.com/Histoire-du-sieur-de-Montauban-capitaine-flibustier.


La première fois que j'ai lu la relation du capitaine Montauban aux Antilles et en Guinée contre les Anglais, c'était il y a longtemps (au siècle précédent), dans une édition de poche, moderne et tronquée (parue chez J'ai Lu), de l'Histoire des avanturiers flibustiers qui se sont signalez dans les Indes (1699), la seconde version française du livre d'Exquemelin. Elle avait d'abord été publiée à Bordeaux, dès 1697, sous le titre Relation du voyage du Sieur de Montauban capitaine des filbustiers en Guinée, dans l’année mil six cens quatre-vingt-quinze; avec une description du Royaume du Cap de Lopes, des moeurs, des coûtumes & Religion du Païs. C'est cette version originale (écrite à la première personne du singulier, contrairement à celle figurant dans le livre d'Exquemelin), dont il ne reste qu'une poignée de copies, que les Éditions Anacharsis ont choisi pour leur nouvelle édition du singulier récit du flibustier Montauban... nouvelle édition, car déjà en 2001, cette maison d'édition avait publié une première mouture en se basant sur l'édition parue à Amsterdam en 1698, quasiment identique à quelques mots près au demeurant. Cette fois, Anacharsis a confié à Maxime Martignon le soin de présenter, commenter et annoter la relation de Montauban, et c'est ce qui fait toute la différence.

Maxime Martignon, récemment gradué docteur en histoire moderne (Université Gustave Eiffel), « attaché temporaire d'enseignement et de recherche » à l'Université d'Orléans, en est venu à s'intéresser aux flibustiers, par une voie quelque peu détournée, mais pas moins intéressante pour autant. Son domaine d'études est, en effet, beaucoup plus vaste puisqu'il recoupe à la fois l'histoire littéraire, celle des imprimés français de toutes sortes relatifs aux voyages, expéditions et conquêtes publiés au XVIIe siècle, et celle des réseaux savants qui, à l'époque, eurent une part non négligeable dans la diffusion et la critique de ces ouvrages. Dans son introduction, il retrace correctement en s'appuyant principalement sur des documents provenant des Archives nationales d'outre-mer et des Archives départementales de la Gironde, les voyages que Montauban effectua en Amérique et en Guinée avant celui qui fait l'objet de sa relation, et qui se termina dramatiquement. J'écris « correctement », parce qu'il y aurait eu encore des choses à dire quant à ces voyages en utilisant d'autres sources (anglaises, espagnoles et portugaises) comme Jacque Gasser l'a fait dans son Dictionnaire des flibustiers des Caraïbes, dans la notice (p. 345-354) qu'il consacre à ce capitaine. Martignon poursuit son introduction en étudiant la relâche de Montauban en France en 1694, particulièrement son long séjour à Bordeaux, d'où il devait appareiller pour son dernier voyage. Pour bien illustrer son propos, il a d'ailleurs annexé à la relation du flibustier le procès-verbal de l'adjudication de prises anglaises que ce dernier mena à Bordeaux à cette occasion. Enfin, il conclut cette introduction par un intéressant constat : le flibustier, par ses activités de pillage, était aussi l'un des pourvoyeurs d'esclaves d'une colonie. Cependant, là où Martignon se distingue, c'est bien dans sa postface où il raconte l'histoire de la publication de la relation de Montauban, et aussi comment cet ouvrage fut perçu par les élites parisiennes.

Bref, un petit récit d'un flibustier, certes déjà divertissant en lui-même, mais ici sobrement et brillamment mis en contexte. Oui, il est toujours possible de lire gratuitement certaines des premières éditions de récit sur Gallica, Internet Archive ou Google Books. Oui, mais là... vous n'aurez pas droit à plus!

25 février 2022

Pour les plus vieux... et les plus jeunes

Archéologie de la piraterie

J'ai toujours eu un profond respect pour le travail des archéologues... sûrement parce qu'enfant (il y a longtemps déjà), parmi d'autres professions, celle-là me faisait rêver plus que les autres.

Prenez Jean Soulat, archéologue au Laboratoire LandArc, chercheur associé au Centre Michel de Boüard de l'Université de Caen Normandie. Sur le terrain, il a dirigé l'équipe qui a effectué en novembre dernier des fouilles sur l'épave du Speaker, le navire du pirate anglais John Bowen, coulé à l'île Maurice en 1702. Sa prochaine mission aura lieu ce printemps, cette fois à l'île Sainte-Marie, à Madagascar, fameux rendez-vous des flibustiers dans l'océan Indien depuis 1690, où des prospections seront effectués sur terre et en mer. Par la suite, il retournera sur l'épave du Speaker.

Pour en savoir plus sur ce brillant jeune archéologue et son domaine d'expertise particulier (l'archéologie de piraterie), vous pouvez écouter l'émission du 5 février dernier de Carbone, 14, le magazine de l'archéologie de France Culture, dont Jean était l'invité.

Jean est également président de l'association Archéologie de la piraterie, qui regroupe d'autres archéologues et des chercheurs de diverses disciplines. Vous pouvez d'ailleurs suivre les expéditions archéologiques de son équipe dans l'océan Indien sur la page facebook de l'association.

Hormis les articles scientifiques et les rapports de fouilles auxquels on doit s'attendre de tout archéologue, Jean a commis récemment un amusant petit livre adressé aux enfants, qu'il a lui-même illustré. Le jeune lecteur partira ainsi à la rencontre des pirates à travers les histoires contées par le fictif Capitaine Barbe-Grise. Ce personnage l'éclairera de manière humoristique sur la vie des pirates aux XVIIe-XVIIIe siècles à travers les archives, l'histoire et les découvertes archéologiques. Ici, on partira des clichés pour gommer les idées reçues en tournant les pages de ce livre : du trésor caché imaginaire aux enfants pirates. Au programme, perroquets, femmes pirates, célèbres flibustiers et épaves archéologiques...

Capitaine Barbe-Grise: Lumière sur le mythe pirate (tome 1)
Textes et illustrations par Jean Soulat
30 pages (20 x 25 cm)
Samois-sur-Seine: ADLP Éditions, 2022
ISBN : 978-2-9581732-0-3
prix : 15,00 €

Le livre peut être acheté en ligne sur le site de la Librairie archéologique, ou directement auprès de l'éditeur en remplissant un bon de commande. Les fonds récoltés serviront à financer les recherches archéologiques sur les pirates via l'association Archéologie de la Piraterie.

Pour avoir une meilleure idée de son contenu, en voici quelques pages : https://diable-volant.github.io/flibuste/blog/barbe-grise.jpg.

01 février 2022

Notes de lecture : revue Histoire(s) de l'Amérique Latine

Histoire(s) de l'Amérique Latine

Histoire(s) de l'Amérique Latine (HISAL)
Volume 15 : Le chemin des Amériques
10 articles (en français et en espagnol)
Nanterre: Association HISAL, 2022
https://hisal.org/revue/issue/view/29


Les revues savantes, peu importe le domaine d'étude, sont très souvent difficiles d'accès pour le public en général : il faut soit payer une souscription soit être abonné à une institution (généralement une bibliothèque) qui elle-même aura acheté une telle souscription. Lorsque l'on sait que la plupart de ces revues ne rémunèrent même pas les auteurs pour leurs textes (car publier dans une revue savante c'est souvent plus une question de prestige que d'argent), on peut se demander à qui tout cela profite. Est-ce parce que payer pour quelque chose rassure quant à la qualité du « produit »? Je ne sais pas. Quant à moi, j'estime que, si un auteur n'est pas payé pour le fruit de son travail, celui qui le publie doit rendre ce travail accessible à tous gratuitement. Je ne veux toutefois pas polémiquer là-dessus. Mon intention est de présenter ici, en quelques lignes, une revue savante, dont les éditeurs ont choisi cette voie de la gratuité, et il y en a de plus en plus. Avant d'aller plus loin, je dois toutefois ici prévenir le lecteur... et faire ce que l'on appelle, en jargon administratif et juridique, ma « déclaration d'intérêts » : l'an dernier, la revue dont je parle a publié l'un de mes textes. Voilà c'est fait!

Comme son nom l'indique, la revue Histoire(s) de l'Amérique Latine (HISAL) publie des textes relatifs à l'histoire de l'Amérique latine, mais dans une perspective très large englobant plusieurs disciplines, « qu’il s’agisse d’histoire politique, sociale, économique ou culturelle, d’histoire des idées ou des mentalités, de civilisation, de sociologie, d’anthropologie, d’ethnologie, d’art et de sciences ou de linguistique ». Pour sa quinzième édition, HISAL propose un dossier thématique intitulé « Le chemin des Amériques : explorations, collectes et interprétations ». Comme l'expliquent Pascal Monge et Riviale, dans leur introduction à ce dossier thématique : « Au-delà des frontières et des langues, une Europe savante a imaginé les Amériques et les a interprétées. Cette image est donc le résultat de visions différentes, issues d’histoires nationales, de valeurs culturelles, artistiques ou religieuses propres, et d’une présence coloniale – ou de son absence. » Ce sont ces interprétations multiples qui sont re-visités au fil des neuf textes composant le dossier thématique.

Tout cela n'a apparemment que peu à voir avec l'histoire des flibustiers. Peut-être, mais il faut savoir qu'à l'occasion, ces derniers ont aussi ramené de leurs pillages des objets qui se sont retrouvés dans les « cabinets de curiosités », ces collections privées formées par plusieurs érudits au XVIIe siècle, qui, en quelque sorte, préfigurent nos musées modernes. Dans son épilogue à L'Enfer de la flibuste (2021), Frantz Oivié montre, en effet, que quelques perles que certains Indiens de Californie rayaient pour en faire des parures, furent vendues par un flibustier revenant de la mer du Sud à un missionaire jésuite à Cayenne, et que ce dernier envoya ces « curiosités » en France à certains de ses correspondants, érudits comme lui.

15 janvier 2022

Henry Pitman, ou les rendez-vous de Salt Tortuga

Gravure frontispice de Robinson Crusoe (1719)
Gravure frontispice de Robinson Crusoe (1719)

Toute mauvaise chose, même les pires, ayant quelques avantages, ces temps incertains du « virus chinois » — car il faut bien appeler un chat, un chat, n'en déplaise à tous les bien pensants et les peureux de ce monde — sont une occasion rêvée de remettre certaines choses en question, de réfléchir, de découvrir.

Prenez, par exemple, la radio. J'adore la radio, surtout celle par laquelle on s'informe, on apprend des choses... sans la distraction de l'image. Malheureusement, dans mon pays, au fil des dix ou quinze dernières années, cette « radio parlée » (à ne pas confondre avec la talk radio) de qualité a quasiment disparue. Rare en effet sont les émissions radiophoniques canadiennes, qui ne prennent pas l'auditeur pour un simple d'esprit, ou qui ne font pas de la propagande quasi-soviétique des sujets à la mode. Bref, la radio parlée de langue française au Canada intelligente — celle qui invite à la découverte, au rêve, et surtout à la réflexion —, n'existe plus. Et n'en déplaise à mes compatriotes, j'ai l'impression de vivre chez les barbares, dans une société un peu, beaucoup inculte, tournée sur elle-même, avec son petit pain et ses petits jeux, ses petits problèmes insignifiants, et qui aime tant donner des leçons sur tout et sur rien, une société où toute humanité semble avoir disparue au profit d'un discours démagogique, haineux et ségrégationniste, qui augure très mal pour les années à venir. Suffit!

Donc, depuis quelque temps, j'ai délaissé l'écoute des ondes de mon pays pour me tourner vers celles de la « métropole », si l'on veut, celle de la France, comme je l'ai fait il y a quelques années pour la télévision. Je n'ai pas été déçu. Quel choix! L'amateur d'Histoire que je suis se trouve comblé. Parmi mes découvertes, et une qui, évidemment, concerne les flibustiers, je signale la série Une histoire de la piraterie, diffusée en quatre épisodes en 2019, dans l'excellente (mais défunte) émission La Fabrique de l'Histoire, sur France Culture.

Évidemment, comme dans tout, il a du bon et du moins bon. Récemment, j'ai écouté en rediffusion, cette fois sur France Inter, Henry Pitman, le vrai Robinson Crusoe. Il s'agit d'un épisode de l'émission Autant en emporte l'histoire, qui propose à chaque semaine « une fiction historique qui met en scène un personnage... réel ou fictif, pris dans la tourmente d’un épisode de l’Histoire ». Pourquoi me suis-je intéressé à cette émission? C'est parce que le chirurgien Pitman a rédigé un récit de ses mésaventures aux Antilles en 1686-1687, au cours duquel il a rencontré des flibustiers. Bon, je comprends que ce que j'ai écouté était pour l'essentiel une fiction (bien faite au demeurant), mais était-ce vraiment nécessaire d'inclure dans la dramatisation une esclave noire et un Indien, alors que le premier personnage ne figure même pas dans la relation de Pitman, et que le présence du second, dont on sait uniquement qu'il venait de la Floride, n'y est qu'anecdotique? Je passe sur cela, puisqu'il est maintenant de bon ton de se montrer « inclusif ». Ne sommes-nous pas les descendants ou héritiers de vilains et méchants esclavagistes et de « génocidaires »? Alors expions ces fautes sur l'autel de l'Histoire, une Histoire qui est plus que jamais politisée. Bref, je vois qu'en France comme ici, cette nouvelle inquisition intellectuelle s'est propagée plus vite qu'une mutation du virus chinois ou que les mesures « Big Brother » ou « néo-fascistes » des hypocrites qui nous gouvernent...

Mais je m'égare encore... venons-en à l'essentiel (de ma perspective d'historien spécialisé dans la piraterie), soit le traitement qui est donné, dans cette fiction de France Inter, aux flibustiers rencontrés par Pitman. On y met en scène le capitaine Jan Willems alias Yankey (que Pitman n'a jamais croisé), d'un pavillon noir arboré (bel anachronisme), et autres clichés. Donc, par souci de rétablir un peu tout ça, je propose ici un texte qui identifie les flibustiers rencontrés par Pitman, et à la lumière d'autres sources, ce qui s'est effectivement passé. C'est encore une autre primeur, puisque si le texte de Pitman est relativement connu (et qu'il a été récemment traduit en français), la partie qui se rapporte aux flibustiers n'a, elle, jamais été étudiée :

21 décembre 2021

Douce revanche... pour un rancunier

pavillon noir

Il y a environ vingt ans, lors d'un séjour en France, j'avais acheté un livre intitulé D'or, de rêve et de sang : l'épopée de la flibuste, 1494-1588, qui promettait d'être le premier d'une série racontant l'histoire des flibustiers. Or, la suite n'est jamais venue... Pourquoi? Parce que l'auteur fut peu après reconnu coupable de plagiat « partiel », comme le résume la professeure de littérature Hélène Maurel-Indart sur son site Plagiat.net. La victime fut Mickael Augeron, maître de conférences en histoire moderne et contemporaine à la Faculté des Lettres, Langues, Arts et Sciences Humaines de l’Université de La Rochelle.

Si le professeur Augeron fut le seul plaignant dans cette affaire, je doute qu'il ait été la seule victime... ou à tout le moins, si la série s'était poursuivie, il y a fort à parier qu'il y en aurait eu d'autres...

Le plagiaire, Michel Le Bris, est décédé l'année dernière, voilà environ un an. Écrivain prolifique, il a laissé derrière lui une volumineuse production littéraire... dont cet ouvrage litigieux. On peut légitimement se poser la question si pour feu M. Le Bris, chevalier de la prestigieuse Légion d'honneur, commandeur des Arts et des Lettres, ce plagiat n'était qu'une erreur de parcours... ou si c'était une habitude. On pourrait évidemment arguer qu'il a fait beaucoup pour la promotion de la littérature du voyage, qu'il écrivait bien, que c'était un homme engagé, qu'il était sympathique, voire « formidable » comme l'écrivait un lecteur indigné par le billet d'un blog dont l'auteur retenait, comme moi, de la longue carrière littéraire du défunt, son plagiat qui entachait l'ensemble de son oeuvre. Oui, on pourrait facilement dédouaner M. le commandeur Le Bris, mais moi, je n'ai ni l'intention ni l'envie de le défendre ici... et voici pourquoi.

Moins de dix ans après l'achat de ce livre, j'étais moi-même victime d'un plagiat d'une ampleur sans précédent : tout le contenu du Diable Volant, incluant des textes de mes correspondants Jacques Gasser et Roberto Barazzutti, fut entièrement copier et coller pour former l'essentiel, et plus de 90%, d'un livre publié encore par un soi-disant journaliste nommé Jean-Jacques Seymour. Cet individu-là a eu assez de culot pour copier le tout puis de le restituer tel quel dans son livre, jusqu'aux fautes d'orthographes, tout en prenant bien soin d'effacer les noms des auteurs légitimes des textes qu'il a piratés... et évidemment toute référence au Diable Volant.

Cela ne lui a pas suffi, puisqu'il lui fallait affirmer haut et fort la paternité de l'ensemble, ajoutant ainsi le mensonge au plagiat. C'est son éditeur qui s'est chargé de cette ultime bassesse :

« En 5 ans, [J.-J. Seymour] a travaillé près de 6 000 documents, s’est rendu sur les lieux des batailles à Cuba, à Saint-Domingue, dans les musées qui portent témoignages à Boston, La Havane, Paris, la Barbade, la Jamaïque. Il a pu consulter des archives inexploitées. Les Chemins des proies consacrent ces années de recherche en offrant une autre histoire de la flibuste. »

Pourquoi, ne les ai-je pas poursuivis, lui et son éditeur? Pour une simple question d'argent... car comme tout le monde le sait, la Justice a un coût. D'ailleurs, ni le plagiaire ni son éditeur n'avaient fait cas des courriels de protestation que je leur avais écrits à l'époque (novembre 2010) dès que j'avais été informé du plagiat. Un silence qui en disait long, tant sur l'un que sur l'autre, ce qui n'a pas empêché un professeur de littérature bien connu ici, de m'écrire pour se porter pathétiquement à la défense de l'éditeur.

Si le livre imprimé ne semble plus exister depuis longtemps, on peut encore en acheter une copie numérique dans les pays de langue française, dont le mien et la France. Et par hasard, il y a quelques mois, j'ai finalement mis la main sur une copie au format PDF du plagiat en question, et j'ai pu enfin, par moi-même, constater toute l'ampleur de cet acte de « piraterie », de ce grand « copier/coller » exécuté par un menteur, un usurpateur du travail d'autrui, un homme indigne d'être honoré pour son travail intellectuel! Une Légion d'honneur avec ça?

Alors je l'offre ici, gratuitement, au lecteur, parce que — je suis bien obligé de le dire — j'en suis le véritable auteur, bien malgré moi :

Le lecteur pourra aussi comparer son contenu avec celui du Diable Volant tel qu'il apparaissait en 2008-2009, vers le moment du plagiat, et se faire ainsi une idée par lui-même de l'étendu de ce dernier :

Pour le reste, je demeure prêt à croiser le fer avec le plagiaire ou ses complices, éditeurs ou libraires qui continuent de faire de l'argent sur mes travaux, à mes dépens... évidemment s'ils en ont le courage... car si la Justice a un coût, je suis convaincu qu'Elle n'est pas pour autant... aveugle!